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MICROBIOME ET MICROBIOTE CUTANÉ

MICROBIOME ET MICROBIOTE : QUELLES DIFFÉRENCES ?

Le microbiote est l'ensemble des microorganismes vivant dans un environnement spécifique (appelé microbiome) chez un hôte (ici, l’Homme). On peut donc définir plus simplement le microbiome comme une planète, et le microbiote comme ses habitants. D’après Chen et.al (2013), le microbiome désigne l'environnement spécifique dans lequel évolue un microbiote. Le microbiome englobe l’ensemble des conditions du milieu, comme la température, le pH, les hormones, la richesse en lipides ou en protéines et l’exposition ou non à la lumière et aux UV.

Le microbiote regroupe différents types de microorganismes : les bactéries, les levures, les champignons et les virus. Au sein des microorganismes, il existe les procaryotes et les eucaryotes. Les procaryotes sont des organismes unicellulaires sans noyau, comme les bactéries. Parmi celle-ci, il existe deux types : Gram-positif ou Gram-négatif, selon leur capacité à retenir un colorant spécifique. Les eucaryotes sont des organismes constitués de plusieurs cellules et possédant un noyau, comme les champignons. La diversité et le nombre de microorganismes dépend de la localisation et de son environnement. L’activité de ces microorganismes dépend de l’état de santé, du génotype, de l’alimentation et de l’hygiène de l’individu.

 MICROBIOTE CUTANÉ : UN EQUILIBRE FRAGILE

La peau est l’interface avec l'environnement extérieur. A ce titre, elle est recouverte d’une multitude de microorganismes : plus d’un million par cm². Le microbiote cutané regroupe l’ensemble des microorganismes qui vivent à la surface de notre peau. D’après le Human Microbiome Project, il est réparti sur les différentes couches de la peau, et peut affecter les fonctions cutanées. Le microbiote du visage est constitué majoritairement de bactéries mais aussi de champignons et de virus.

Le corps humain, et plus précisément le système immunitaire, fabrique des peptides anti-microbiens (comme la beta-défensine). Ils vont empêcher la prolifération de mauvaises bactéries. Mais nous avons aussi des bonnes, à la surface de notre peau qui aident notre système immunitaire à réguler les mauvaises. Il est important de les conserver et les aider à rester en vie. Il faut aussi contrôler la prolifération des mauvaises, et les empêcher de s’associer les unes aux autres (formant un biofilm), car c’est là que les problèmes de peau apparaîtront. La pollution, le stress et une mauvaise alimentation contribuent au déséquilibre du microbiote cutané.

COMPOSITION DU MICROBIOTE

Dès la naissance, la peau est colonisée par les microorganismes, et le sera toute sa vie. Des bactéries, des champignons, des virus, des parasites et des acariens se trouvent sur la peau. Les bactéries sont les microorganismes les mieux caractérisés du microbiote cutané. Les principales sont : Actinobacteria, Bacillota, Bacteroidetes et Pseudomonadota.

Le microbiote de la peau est réparti entre une flore résidente et une flore transitoire. La flore résidente a une composition et une répartition stable. Elle est composée de bactéries Gram positive (Staphylococcus, Corynebacterium, Propionibacterium, Micrococcus, Brevibacterium), Gram négative (Acinetobacter), d’acariens (Demodex), de champignons (Malassezia) et de virus (Papillomavirus humains).  La famille des bactéries Propionibacterium est la plus présente sur le visage, avec Propionibacterium acnes, qui peut déclencher de l’acné.

La flore transitoire est majoritairement constituée de microorganismes Saprophytes. Ce sont des organismes qui sont non infectieux mais peuvent être colonisés par des organismes responsables de certaines maladies. Il s’agit de bactéries Gram positive (Staphylococcus, Streptococcus, Bacillus, Neisseiria), Gram négative (Pseudomonas) et de champignons (Candida).

LES BACTERIES : COUCHE SUPERFICIELLE DE LA PEAU

Les staphylocoques est la famille la plus représentée. L’espèce S. epidermidis est l’espèce majoritaire de la couche superficielle de la peau (couche cornée de l’épiderme). L’espèce S. aureus est généralement considérée comme pathogène. Elle est pourtant présente dans la flore résidente du microbiote cutané pour 20 à 40% de la population.

Les corynéformes sont des bactéries qui puisent des lipides dans le milieu. Elles peuvent survivre dans des environnements où la concentration en sel est élevée. Elles se trouvent majoritairement dans la couche superficielle de la peau, et dans des régions productrices de sébum.

Les bactéries propioniques est la famille des espèces Cutibacterium acnes, Propionibacterium avidum et Propionibacterium granulosum. Ces bactéries libèrent des acides gras et permettent leur adhérence et leur colonisation.  Cutibacterium acnes produit des porphyrines en grande quantité, qui peuvent aider le traitement de l’acné.

LES CHAMPIGNONS : VISAGE ET CUIR CHEVELU

Le champignon le plus répandu sur la peau est le Malassezia. Il est présent chez plus de 90% des adultes, sa colonisation démarre après la naissance. Les champignons restent quand même très inférieurs en nombre aux bactéries, puisqu’il est 10 à 100 fois moins présent que certaines bactéries. La quantité de Malassezia semble plus importante chez l’homme que chez la femme, et il est plus présent l’été que l’hiver. Ces champignons sont lipophiles, ils préféreront donc des zones riches en sébum comme le visage et le cuir chevelu. Parmi les Malassezia, on retrouve la Malassezia furfur, qui peut notamment provoquer la dermatite séborrhéique. Dans les champignons, on retrouve aussi les Candida. Ce sont des micro-organismes pathogènes, présents lors de psoriasis ou de dermatite atopique.

LES VIRUS ET LES ACARIENS 

Les virus sont des parasistes cellulaires : ils ont besoin d’une cellule hôte pour se reproduire. Ils peuvent infecter tous les types de cellules et de micro-organismes. Ils ne causent pas forcément une maladie chez l’Homme.

Les acariens font partie du règne animal. Ils sont présents au niveau des follicules des cils et sourcils. L’espèce d’acariens Demodex spp réside dans le microbiote cutané et l’espèce Demodex folliculorum dans les follicules pileux.

UN MICROBIOTE UNIQUE SELON L’INDIVIDU ET LA LOCALISATION DE LA PEAU

Le microbiote cutané présente une double diversité. On observe à la fois une différence au sein des différentes zones du corps d’un même individu, mais aussi des différences pour une même zone entre plusieurs individus. Comme les microorganismes sont spécifiques du milieu dans lequel ils se trouvent, il a été défini 3 zones principales de la peau : la zone sèche, la zone humide et la zone sébacée. Chaque zone héberge un microbiote cutané unique. Sa composition dépend de plusieurs facteurs : les conditions du milieu (pH, humidité, température, contenu en sébum), de type endogène (l’âge, le sexe et la génétique) et de type exogène (adhérence bactérienne, environnement, hygiène et mode de vie). Cette composition évolue donc dans le temps mais elle semble se stabiliser à l’âge adulte.

La zone sébacée a de nombreuses glandes sébacées et présente des poils. Elle se trouve sur le front, la tête, le cou, les narines et le dos. Elle possède la diversité de bactéries la plus faible, avec principalement des Actinobactéries. La zone sèche présente une couche cornée épaisse (couche superficielle de la peau), des glandes eccrines et ne présentent pas de poils. Elle se trouve sur les avant-bras, les fesses, les mains et les jambes. C’est la zone qui possède le plus de familles de bactéries, avec principalement les Protéobactéries. La zone humide présente beaucoup de poils et des glandes apocrines. Elle se trouve au niveau des aisselles, des plis des coudes et genoux, des talons et du cuir chevelu. Elle présente majoritairement des Corynebactéries et des Protéobactéries.  Certaines espèces comme C.acnes, sont particulièrement spécifiques à un individu, alors qu’une espèce comme S.epidermidis est plutôt spécifique à une zone du corps humain.

ROLES DU MICROBIOTE CUTANÉ

FONCTION BARRIERE DE LA PEAU

L’ensemble des microorganismes composant le microbiome cutané permet de renforcer la fonction de barrière de la peau. La bactérie S.epidermidis activent une protéine, permettant des liens serrés entre les kératinocytes. La bactérie S.aurus convertit un acide aminé présent en grande quantité dans la peau (l’histidine) en acide trans-urocanique. Celui-ci participe aux facteurs d’hydratation naturels de la peau et à la protection des rayons UV. De plus, Corynebacterium spp a la capacité de modifier les lipides de son milieu et donc la composition du sébum et de la couche cornée.

Le microbiote cutané participe aussi à la synthèse de peptides antimicrobiens par le corps humain. Les bactéries propioniques sont capables de réguler des bactéries, champignons et virus pathogènes. Citons également S. epidermidis, qui est capable d’augmenter la diffusion par les kératinocytes de substances antimicrobiennes.

RÔLE DE PROTECTION

L’ensemble des microorganismes du microbiote cutané jouent un rôle de protection de la peau. La présence d’un microbiote résident permet de limiter les infections par un phénomène de compétition. En effet, la croissance des pathogènes à la surface de la peau est réduite, à cause de la compétition pour les nutriments et pour l’espace.

Les microorganismes sont aussi capables de moduler leur environnement. Par exemple, certains peuvent modifier le pH et créer un environnement défavorable aux pathogènes, ou encore P.acnes, qui est capable d’acidifier la peau et ainsi réduire la présence de Streptococcus pyogenes et de S. aureus. De plus, certains microorganismes sont capables de produire des facteurs anti-microbiens. Citons Staphylococcus epidermidis, qui produit des molécules antibactériennes, capables de renforcer le rôle des peptides anti-microbiens produits par le système immunitaire et permettant de lutter contre les pathogènes de la peau.

Certains microorganismes sont aussi capables d’inhiber la formation de biofilm, c’est-à-dire l’association et la fixation des mauvaises bactéries entre elles et sur la peau. S.epidermis est capable par exemple d’inhiber le biofilm de S.aureus.

RÔLE DANS L’IMMUNITÉ

Les microorganismes du microbiote joueraient aussi un rôle dans l’immunité, et donc sur notre santé. Ils développent le système immunitaire et régulent l’inflammation. Par exemple, S.epidermidis permet le fonctionnement du système immunitaire cutanée, participe à la cicatrisation de la peau et module la réponse inflammatoire.

Le microbiote cutané serait aussi en mesure d’agir sur les lymphocytes T, pour leur permettre de produire des cytokines pro-inflammatoires. Mais cela n’a pas que des avantages, cette production serait à l’origine de pathologies comme le psoriasis. Le microbiote participe aussi à l’éducation des cellules présentatrices d’antigènes, pour améliorer le système immunitaire.

MICROBIOTE, UN ENJEU MAJEUR POUR LA COSMETIQUE

Aujourd’hui, le marché mondial du microbiote cutané dans les soins cosmétiques est estimé à 700 millions de dollars. Il devrait atteindre 1 950 millions d’ici 2029. Le mot « microbiote » est particulièrement tendance, puisque la recherche de ce terme sur les moteurs de recherche a augmenté de 80% au cours de ces 5 dernières années.

Mais pourquoi un tel intérêt pour le microbiote cutané ? En effet, 82% des consommateurs de cosmétiques dans le monde, rencontrent aujourd’hui des problèmes de peau. Ces problèmes sont pour 69% d’entre eux des démangeaisons, pour 62% des rougeurs et pour 55% de l’eczéma. Également, 71% des adultes déclarent avoir la peau sensible. L’acné peut aussi se réduire par une régulation du microbiote. De plus, les consommateurs du monde entier se tournent en priorité vers l’utilisation de produits de beauté pour corriger leur problème de peau, avant même la consultation chez un dermatologue.

Il est donc aujourd’hui primordial de développer des produits cosmétiques répondant aux attentes du consommateur : avoir une peau en bonne santé et lutter contre un grand nombre de problèmes actuels. Pour cela, une réponse, un microbiote cutané protégé et équilibré. Pour favoriser le développement des bonnes bactéries et avoir une peau plus seine, il faut en prendre soin. Par exemple, l’utilisation de cosmétiques contenant des prébiotiques (probiotiques inanimés) ou postbiotiques est recommandée. Pour cela, il existe des prébiotiques et postbiotiques basés sur l’enrichissement du microbiote cutané ou ciblant les peptides antimicrobiens. Il faut aussi faire attention au pH des produits de beauté, puisqu’il peut déséquilibrer le microbiome.

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